(English text below french text)

Au travers de ses collages, réalisés sur différents types de supports (toiles, dessins anciens, photographies ou encore reproductions anciennes de peintures religieuses ou patrimoniales…), Hervé Malgorn s’approprie et détourne des imageries d’époques diverses, choisies pour leurs caractères parfois très stéréotypés, lui permettant d’aborder des thématiques sociétales contemporaines qui lui sont chères.

Inspirations
Qu’elles soient d’ordre intellectuel, artistique ou esthétique, ses références sont multiples et volontairement syncrétiques.
Elles sont à la fois issues des grands courants de pensée et de création européen et américain du XXème siècle, tout comme de niches créatives beaucoup plus spécifiques, aux frontières des «undergrounds», d’alternatives artistiques et conceptuelles féministes, homosexuelles et «queers», assurément hors des sentiers battus.

De grandes figures du «Pop Art», du «Nouveau Réalisme» ainsi que de courants artistiques contemporains tiennent une place de choix dans son panthéon.
Andy Warhol, inévitablement, de même que Barbara Kruger, ORLAN, John Baldessari, Gilbert et George l’influencent et l’inspirent depuis de nombreuses années.
Ou encore Jean-Michel Basquiat et plus mystérieusement Cy Twombly…

Mais c’est aussi dans les codes graphiques et publicitaires des années 1950 à 70 ainsi que dans les esthétiques cinématographiques et celles de séries télévisées américaines des années 1960 à 90 qu’Hervé Malgorn nourrit et régénère son imaginaire.

La photographie et le cinéma sont pour lui des sources d’inspiration très importantes.
L’image, en somme, est au centre de son processus créatif.

Les esthétiques et thématiques d’artistes majeurs en la matière tels que les photographes Bettina Rheims, David La Chapelle ou encore Pierre et Gilles irriguent son travail depuis de nombreuses années, plus ou moins directement…
Les univers des cinéastes et artistes tels que Pedro Almodovar, John Waters, Russ Meyer ou encore Bruce LaBruce sont des références avec lesquelles il se sent en connivence.

Sans oublier son penchant avéré pour l’iconographie religieuse, qu’elle soit d’origine chrétienne ou autre, et la littérature, qui sont d’autres formes de création auxquelles l’artiste est depuis toujours très sensible.

Pérégrinations
Son goût pour l’art de l’appropriation et du détournement l’amène naturellement à favoriser le mélange des références et des genres en créant des collages aux influences très variées, composés selon l’inspiration générée par une lecture, une réflexion, une opinion quant à un sujet donné ou encore un voyage, des rencontres.

Une grande partie de son temps de travail est dédiée à la collecte d’images issues de magazines d’informations et de divertissement des années 1930 à 1980, d’affiches de cinéma anciennes, de tissus, de photographies, d’imageries religieuses, tout ces matériaux étant trouvés principalement sur les marchés aux puces de Bordeaux ou bien lors de ses nombreux voyages en Europe, en Inde, en Amérique, en Afrique du Nord…

L’idée d’une œuvre peut émerger et lui apparaître des mois avant sa réalisation, la recherche des matériaux la composant étant une étape plus ou moins longue, résultat d’heureuses coïncidences et trouvailles, jour après jour.
Ce qui offre aux œuvres ainsi réalisées une dimension à la fois spatiale et temporelle unique, les éléments les composant provenant de régions du monde parfois éloignées les unes des autres et issus d’époques diverses.

Expirations
Qu’il travaille sur des séries suivant une thématique précise ou bien sur des réalisations au sujet plus «libre et spontané», son intention est toujours d’engendrer une piste de réflexion, de véhiculer une émotion génératrice de remise en question face à ce qui paraît «aller de soi» selon les cadres normatifs d’une société…très normée.

Son parcours formatif initial d’anthropologue et d’historien l’invite à traiter de thématiques axées autour de ce qu’il distingue comme étant des «mythologies contemporaines».
A savoir des systèmes de croyance et de domination (psycho-religieux, politiques, socio-économiques, sociétaux, moraux…) existant entre les groupes humains et les individus.


Parmi ces «mythologies contemporaines», celles des différentes religions prétendues «vérités ontologiques» occupent une place de choix dans son actuel travail artistique.
Partant de son propre bagage culturel et éducatif, Hervé Malgorn s’attache tout particulièrement à celles du christianisme.
Bien que ne faisant aucun mystère de sa propre foi en un «principe universel et créateur» et se déclarant comme «croyant» mais non «religieux», il use volontiers du «blasphème» dans certains de ses collages pour mettre d’autant mieux en lumière les incohérences, hypocrisies et aberrations des discours religieux créés et rédigés de toute pièce dans le cadre de sociétés patriarcales anciennes ou contemporaines.
Discours et pratiques s’éloignant voire s’opposant totalement aux messages spirituels originaux, divisant les êtres humains plus qu’ils ne les réunissent malheureusement…

Une autre de ses «mythologies contemporaines» de prédilection, quotidiennement nourrie et entretenue dans nos sociétés contemporaines occidentales, est celle de la figure du couple amoureux (en référence au couple mythique des origines), de la relation amoureuse, de ses représentations et de son possible prolongement : la famille.
Mais aussi celles existant en conséquence autour des questions relatives aux sexualités, au désir, aux ambivalences et diverses manifestations des plaisirs de la chair et de l’esprit et à leurs multiples représentations et/ou condamnations.

Méditations
Hervé Malgorn suggère la remise en question d’un ordre établi et normé, considéré par certain-e-s comme «ontologique» et «sacré», grâce au féminisme et aux «gender studies», pensées et courants à caractère véritablement «révolutionnaire» qu’il distille ça et là dans ses collages plus ou moins subtilement ou parfois de manière volontairement provocante et directe.
Tout en assumant pleinement un goût prononcé pour le «kitsch», le «camp», la grossièreté, le grotesque, voire la colère, mettant d’autant mieux en lumière l’absurdité, la violence et l’ignominie du patriarcat dominant sur la planète.

Toujours est-il, derrière ces thématiques abordées, ce sont les questions de l’authenticité, dans le rapport à soi-même et le rapport à l’autre, et de la liberté, qu’Hervé Malgorn interroge, inlassablement.
Au-delà des déterminismes sociologiques, historiques, psychologiques ou encore familiaux, au-delà des hypocrisies, des paradoxes, du refoulé, des non-dits, des tabous, ce sont en toute logique les aspects de l’humble et humaine condition qu’il aborde dans ses réalisations.

Hervé Malgorn invite à la réflexion, au recul face à ce qui peut-être considéré comme «allant de soi» en soi-même et autour de soi.
A faire tomber les faux-semblants et les croyances (personnelles et collectives) limitantes, sclérosantes et créant la séparation plutôt que permettant l’union, la ré-union.

Ceci pour tenter de se rapprocher, peut-être, d’une possible «vérité» qui lui paraît être l’ultime moyen de survivance : l’amour.
L’amour dans sa beauté et son authenticité, avec et pour soi-même, comme avec et pour les autres, l’entière création.

Un objectif, une intention profonde et spirituelle…mais sans jamais se départir d’un certain humour et d’un décalage assumé !
Car comme le disait Georges Wolinski, «l’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre»…

All through his collages, achieved on different types of supports (canvas, old drawings, photographies or old reproductions of religious or patrimonial paintings…), Hervé Malgorn makes his own and diverts images from different eras of history, chosen for their particularly stereotyped caracteristics, which enables him to treat contemporary social themes dear to him.

Inspirations. Inhalation.
Whether they be intellectual, esthetic or artistic, his references are many and willfully syncretic.
They both originate from wide movements of thought and European and American creativity from the 20th century, as well as from more specific trends of creativity bordering on « undergrounds », artistic and feministic, homosexual and « queer » conceptual alternatives, certainly far from the beatenpaths.

Great figures from « Pop Art » and « New Realism » as well as contemporary artistic streams hold a choice place in his own pantheon.
Andy Warhol, unavoidable, as well as Barbara Kruger, ORLAN, John Baldessari, Gilbert and George have influenced and inspired him for many years.
Not to mention Jean-Michel Basquiat and mysteriously Cy Twombly…

But it is also in the graphic and advertising codes from the 1950ies to the 1970ies, as well as from the movie esthetics and those of American TV series of the 1960ies to the 1990ies that Hervé Malgorn feeds and regenerates his imagination.

Photography and the cinema are, for him, very important sources of inspiration.
The picture, in fact, is at the core of his creative process.

The esthetics and themes of major artists in that field such as photographers like Bettina Rheims, David La Chapelle or Pierre et Gilles have been nurturing his work for many years more or less.
The universe of film directors and artists such as Pedro Almodovar, John Waters, Russ Meyer or Bruce LaBruce are references he feels akin to.

Not to forget his inborn penchant for religious iconography, whether christian or not, as well as litterature are other forms of creation the artist remains very sensitive to.

Peregrinations
His taste for the art of appropriation and diversion naturally leads him to favor a blend of references and genres by creating collages of very varied influences, composed according to the inspiration prompted by a reading, a thought, an opinion on a given issue or a travel, an encounter.

A great part of his work time is dedicated to collecting images from news and entertainment magazines from the 1930ies to the 1980ies, old movies posters, fabrics, photographies, religious pictures, all these materials being mainly picked up on the flea market of Bordeaux, or during his numerous trips in Europe, India, America, North Africa…

The idea for a project may emerge and appear to him months before its achievement.
The discovery of the materials which compose the work is a more or less long step, the result of happy coincidences and finds, day after day.
All of which give the works thus created a unique dimension both in space and time, the elements which compose it coming from areas of the world which are sometimes far away  the ones from the others and from diverse epochs.

Expirations. Exhalation.
Whether he works on series following precise themes or on pieces whose content is « freer and more spontaneous », his intention is always to generate a track for thought, to convey an emotion which leads to a questioning when faced with what seems obvious according to the normative codes of a society…extremely codified.

His initial vocational training in anthropology and history leads him to deal with themes centered on what he defines as « contemporary mythologies ».
Meaning systems of beliefs and domination (psycho-religious, political, socio-economic, social, moral…) which exist between the human groups and individuals.
Among these contemporary mythologies, these of different religions so called « ontological truths » occupy a choice place in his present artistic development.

Starting from his own cultural and educative background, Hervé Malgorn remains particularly attached to those of christianity.
Though he makes no mystery of his own faith in a universal and creative principal and considers himself as a « believer » but not a « religious man », he willingly uses « blasphemy » in some of his collages to better inhance inconsistencies, hypocrisies, nonsense of religious rhetoric which were entirely designed and written within ancient or contemporary patriarcal societies.
Rhetorics and practices drift apart or even totally clash with the original spiritual messages.
Thus setting apart human beings rather than uniting them, unfortunately…

An other one of his favorite « contemporary mythologies », daily nurtured and maintened in our contemporary western societies, is that of the representation of the enamored couple (refering to the mythic original couple), of the love relationship, its representations and its eventual extension : the family.
But they also consequently exist surrounding questions about sexualities, desire, varied and ambivalent manifestations concerning the pleasures of the flesh and of the spirit and there multiple representations and/or condemnations.

Meditations
Hervé Malgorn suggests questioning the established and codified order, considered by some « ontological » and « sacred », thanks to feminism and « gender studies », philosophies and trends of a truly revolutionary nature which he scatters here and there in his collages, more or less subtly, or sometimes willfully in order to provoke.

While completely assuming his marked taste for the « kitsch style », the « camp », vulgarity, grotesque, even anger, the better to throw light on the absurdity, violence and ignominy of the patriarchy which dominates our planet.

In fact, behind the themes, he studies the questions of authenticity, in relation to him-self and in relation to others, of freedom and unendingly questions them.
Beyond sociological, historical, psychological or even domestic determinisms, beyond the hypocrisies, paradoxes, frustrations, unvoiced comments, taboos, he treats logically the aspects of our humble human condition in his works.

Hervé Malgorn gives us food for thought, in retrospect, when we face what might be considered as obvious within ourselves and around us.
He invites us to let go of pretences and limitating creeds (personal and collective) which create separation instead of permitting union, re-union.

The aim being eventually to come nearer a possible « truth » which seems to him the ultimate means of survival : Love.
Love in its beauty and authenticity, both for ourselves and for the others, the whole of creation.

It can sum up his objective, his deep and spiritual intend…but he never abandons a sort of humour and assumed marginality.
For as the famous french cartonist Georges Wolinski (killed in the « Charlie Hebdo » attack in Paris, in 2015, january the 7th…) used to say : « Humour is the shortest way between a man and another »…